Il y a tout ce qu'on doit taire, tout ce qui ne se dit pas
Aujourd'hui on va parler de la censure, et des sujets qui sont difficiles à aborder.
Ma réflexion a débutée après mon commentaire "censuré" sur notre vénéré site du Festiblog.
Un internaute pilote de ligne n'avait pas apprécié un dessin d'un bloggeur qui riait (toutefois de façon légère et sans prétention) du récent accident d'avion Rio-Paris.
Pour lui répondre, j'usais de plusieurs formulations visant à lui expliquer que suivant le public, une blague ne faisait pas rire tout le monde.
Parmi les "une blague sur les blondes ne fera pas rire Scarlett Johansson" et "une blague sur les crash d'avions ne fera pas rire un pilote de ligne", j'osais un :
"une blague sur les nazis ne fera pas rire un juif"
Phrase sans doute jugée choquante, et qui s'est vue retirée (normal) de mon commentaire.
Je comprend tout à fait que n'ayant pas souhaité attiser un débat sulfureux et inutile, Yannick Lejeune ait préféré supprimer cette phrase...
Ce qui m'en fait arriver à ce constat : pour ne pas s'attirer les foudres de la foule (ou plutôt de l'effet de groupe ou de quelques minorités renfrognées), on évite carrément de parler de plusieurs sujets fâcheux.
"Les nazis ont battus Lord Voldemort, car ce sont bien eux dont on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom."
En règle générale, il y a des sujets que l'homme n'a pas le droit d'aborder. Parce que c'est comme ça, les conventions et les bonnes manières nous l'interdisent.
Ainsi la mort, la masturbation féminine, la religion, les mauvais résultats du Paris Saint-Germain et donc la Seconde Guerre Mondiale sont des sujets que l'on ne doit pas mentionner en société.
Et l'un des problèmes que doivent rencontrer, ou rencontreront bon nombre de bloggeurs, c'est qu'ils ne peuvent plus parler de tout avec la même liberté. Ben oui, parce que dès que l'un d'eux veux s'écarter des sentiers battus, une peuplade d'internautes crachant sur le monde arrive à ses trousses, s'empressant de pester sur son avis et de le remettre sur le droit chemin.
Finalement j'ai un peu peur que la blogosphère, sous l'impulsion d'internautes minoritaires indignés par tout, devienne un truc comme :
"Ferme ton clapet et suis la masse. Parle-nous du dernier numéro de Vogue ou de la dernière extension de World Of Warcraft, sinon dans les commentaires on va te faire la peau... et surtout, surtout, laisse les guerres et les sujets fâcheux sous ton lit"
Après ça, on va me prendre pour un représentant de la plus ignoble espèce qui soit : le bobo. Mais je vais vous décevoir, je ne m'intéresse pas au sort de la veuve et de l'orphelin, la seule chose que je veux défendre,
c'est la Liberté d'Expression.
(Ma copine, lisant ce texte, revenait justement sur ce débat infini et m'expliquait la difficulté que doivent avoir les humoristes : De quoi peut-on parler, jusqu'où peut-on aller sans choquer la morale de tout un chacun...
Sur le net, cette limite est quasi inexistante, du fait de la facilité de poster un commentaire outrageant et anonyme, et de n'être jamais inquiété...)
Voila. Voila ce que j'aurai dû répondre à la récente interview bloggistique qu'on m'a fait passer.
Mais bon, les conventions n'apprécient guère ce genre de propos et, finalement, la phrase qu'il FAUT répondre dans ce cas là c'est :
"la blogosphère ? Ouais ! C'est d'enfer ! ^^"
Je répète une nouvelle fois que je n'en veux aucunement à Yannick Lejeune, qui a fait son travail en censurant ma phrase parce que ce n'est, après tout, pas sa faute si la société a bannie la seconde guerre mondiale de son histoire et si les gens se sentent outrés parce qu'on utilise le terme "machine à laver" dans la même phrase que le mot "chat"...
Comment lui en vouloir ? Alors que j'ai moi-même répondu de façon complètement bateau aux questions qu'on m'a posé...
Si j'avais eu du cran, j'aurai parlé des caricatures de Mahomet, des tentatives d'assassinat contre les caricaturistes danois, et je vous aurai conseillé de lire La Fascination du Pire de Florian Zeller... plutôt que de me plaindre d'avoir été "censuré" dans un commentaire sur un site internet.
En vérité, si j'avais eu des couilles, ce blog aurait été fermé depuis longtemps par la censure.
Bon. J'espère quand même être présent au Festiblog en septembre.
(Ben oui, pour le coup le Festiblog c'est bien : tous les connards qui t'insultent sur le net, comme par hasard, ne viennent pas !) comme ça nous pourront :
1) maudire notre entourage de façon complice mais pas trop
2) me jeter une ribambelle de légumes divers et variés sur la tête,
ou me tousser votre Grippe A à la figure
3) juste parler et dessiner, et ce sera super...
A bientôt.
EDIT : et vlan ! Pile le jour où je glaviote vite fait sur le côté aseptisé des blog, Lejeune nous sort Pochep de son mouchoir. Quel filou... bon ben, il ne vous reste plus qu'à aller voir son blog, à Pochep. Ouais, c'est bien.
Commentaires sur Il y a tout ce qu'on doit taire, tout ce qui ne se dit pas
- Han, il a dit "juif" !

Blague à part je trouve ton texte intéressant. Cela dit, c'est sans doute un peu démesuré d'invoquer la défense de la liberté d'expression dans ta description des blogs : Tu fais un raccourci entre commentateurs et censure, et du coup tu supposes que la survie de tes publications (et de celles de tous les bloggeurs, naturellement) dépend entièrement de ceux qui les commentent. Or, c'est faux : un article de blog peut être dérangeant, lapidé par les commentateurs et qualifié de tous les termes, il n'en reste pas moins libre d'expression.
En fait, quand tu parles d'avoir le courage de sortir des sentiers battus, c'est avoir le courage d'être impopulaire, et non censuré.
Par contre, pour en revenir au geste de Yannick Lejeune et comme tu l'expliques très bien, je pense que ça relève plus de l'envie d'éviter des emmerdes que d'une véritable omerta dont il ferait partie. Ce n'est pas vraiment de la censure puisque si tu l'avais écrit sur ton blog, personne ne te l'aurait supprimé. Son blog étant un territoire personnel, il a droit de vie et de mort sur les commentaires.
Pour conclure, je paraphraserais Desproges en disant que l'on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde
- Pierrot > et ouais ! et d'ailleurs j'ai tellement droit de vie ou de mort sur les commentaires que vlan ! je vire celui que tu as mis en double !

Pour en revenir au sujet : tu as eu exactement la même réaction que Diglee. Et d'ailleurs, je trouve que vous avez raison.
Mais je pense vraiment que ça peut bloquer des gens de se dire "ouais mais si je fais ça je vais m'attirer les foudres de tout le monde" et tout le monde n'a pas la force de se battre contre 132 commentaires haineux (on remarquera qu'il y a toujours plus de commentaires quand le sujet est épineux...)
Quant à Lejeune, ouais ouais, je suis pas du tout contre lui, et je comprend parfaitement hein.
Gwenole > dans la première version de ce texte j'avais écrit "allez maintenant faites tous une blague sur les roux"... oaf j'en prend déja tellement plein la tronche à l'atelier avec tous ces sacs à merde de dessinateurs...
Lola > merci beaucoup pour le lien. Je vais aller lire de suite l'article de Larcenet !
A bientôt !
Et pour Nothomb, s'il n'y a que ça qui nous sépare, ça n'est pas bien grave !
- Hé hé pour le doublon je m'excuse !

Tout à fait d'accord avec toi en tout cas sur le fait que le nombre de commentaires est proportionnel au nombre d'épines sur l'article. Les commentateurs des sujets fâcheux sont souvent des personnes qui cherchent désespérément à donner leur avis, même si celui-ci n'est pas forcément pertinent et/ou fondé(comment ça c'est ce que je suis en train de faire??).
Et sinon, rien à voir, j'espère avoir l'occasion de vous croiser un peu plus longtemps que les 2 minutes à Lyon le mois dernier !
Bonne continuation - J'aurais tendance à rejoindre Pierrot : un sujet polémique pourrait te rendre impopulaire mais il y a peu de chance qu'on te censure.

Et à dire vrai, les internautes réagissent souvent pour des choses étranges, pas du tout celles auxquelles on pourrait s'attendre. Tu peux parler de plein de choses qui te semblent limite, sans la moindre objection, et d'un seul coup on te tombe dessus pour une phrase qui te semblait anodine.
Mais il ne faut pas avoir peur d'affronter les commentaires, fussent-ils haineux. Toi aussi, tu es ici le seul maître, personne ne te force à entrer dans le débat que tu aurais toi-même provoqué. Et même mieux : tu as aussi le droit, si tu ne souhaites pas connaître l'opinion de tes lecteurs sur un sujet, de FERMER les commentaires.
Quant aux blagues sur les nazis, je suis sûr que si c'est le nazi qui glisse sur la peau de banane, ça fera rire pas mal de Juifs. - En ce qui concerne la masturbation féminine, je propose une opération "vibrow" ;p (pitié non! ne me censure pas)

Si je peux glisser mon avis (et pas seulement sur Amélie nothomb, que j'adore surtout "les catilinaires" que j'ai bien ri mm que j'étais dans le bus et que tout le monde m'a regardée; mais c'est vrai qu'il y en a qui sont plus moyen et si on commence par eux ce serait dommage de rater les autres mais bref) je pense qu'internet et les blogs en particulier, du fait de leur nombre notamment qui rend tout controle quasi-impossible, sont un haut lieu de non-censure, que l'auteur peut dire tout et n'importe quoi et que comme dans la vraie vie la seule censure qui se pose le plus souvent c'est celle qu'on se met à soi-mm (pour l'une ou l'autre raison mais j'espère pas "pour pas que plus personne ne vienne sur mon blog"). Le seul vrai souci, perso je trouve c'est que pour les débats comme pour les conversations msn à plus de 3, c'est que ce n'est pas très convivial, tout le monde donne son avis, parfois pour dire la mm chose (hem) et ceux qui arrivent en dernier ne lisent pas les premiers du coup il y a des doublons, on ne sait plus qui répond à qui bref on aurait bien besoin d'arlette chabot...
Sinon j'en ai une bien bonne sur les blondes (mais elle ne me fait rire que qd c'est moi qui la raconte bien sûr) - Vachement interessant ton texte, mon petit renart. Une levée de bouclier était inévitable au moment où tu abordais le sujet sur les nazis et les juifs. C'est tellement ancrée dans l'inconscient collectif comme le truc le plus horrible qui soit. Je pense au "point godwin" qui décridibilise totalement l'individu qui ramène un sujet sur les nazis alors que le débat de départ n'a aucun rapport. (Mais ça n'a rien à voir avec ce que tu avais fais sur ce blog et qui a été effacé, c'est juste pour illustrer la psychose sur la 2nde guerre mondiale).

Pour le sujet de la censure, je suis foncièrement d'accord avec Pierrot qui pense que ta crainte pour la liberté d'expression attaquée est un peu démesurée. Et dès que tu prendra des risques, que tu raconteras autre choses que des trucs aseptisés, c'est sûr que tu te mettras des gens à dos. Mais ça reste des commentaires lancés à chaud, sans véritable pertinence, les débats sur internet de ce genre sont toujours plus interessants passés quelques pages. Et c'est là que c'est dommage que l'on t'ait supprimé ton message.
Je me rappelle d'une page des carnets de voyage de sfar, en voyage au japon, qui était tombé sur un défilé de cosplay, et avait aperçu une nana déguisée en soldat nazie. Il disait qu'étrangement, il n'était pas effrayé : il sentait un tel recul, un tel détachement avec cette période de l'histoire, qu'il se sentait presque apaisé. Que le poids de cette horreur quittait enfin l'inconscient collectif. Je me rappelle plus exactement de ce qu'il disait mais c'était vachement plus pertinent que ce que j'essaye de paraphraser.
"Il vaut mieux en rire que s'en foutre". Ca c'est du Didier Super, et c'est dingue comme cette phrase peut s'appliquer à tout.




je suis tout a fait d'accord avc vous, c'est le pb du 2.0... je me permet donc de vous transmettre ce lien sur un article du génial Larcenet, qui, je trouve, résume tout a fait la situation:
http://www.manularcenet.com/blog/?s=2.0
A part ca, Merci pour vos mots vos dessins, c'est bonheur. Avec comme seule réserve que je déteste Amélie Nothomb (pas pour le personnage que je trouve plutôt amusant, nan je trouve seulement que niveau littérature, c'est tout plat tout mal écrit tout mauvais) ( a part ça, j'aime tout ce que vous faite) et que j'ai du mal à comprendre qu'on puisse l'adorer...
Merci encore,
salut!